L'acte d'acheter de manière excessive, au point de s'endetter et de ressentir de la culpabilité, pourrait signaler la présence d'une oniomanie, également désignée comme l'addiction aux achats. Cette compulsion se manifeste par un désir incontrôlable d'acquérir des biens et de dépenser de l'argent. Bien que sa reconnaissance officielle en tant qu'addiction soit encore en débat, elle partage des mécanismes de dépendance similaires à ceux observés dans d'autres formes d'addiction.
Il est crucial de distinguer une simple pulsion d'achat, dénuée de toute réflexion préalable, d'un comportement d'achat compulsif pathologique. Dans ce dernier cas, l'individu perd le contrôle de ses impulsions, qui deviennent si puissantes qu'elles l'amènent à céder, même en dépit de sa propre raison. Ce phénomène peut être qualifié d'addiction lorsque la personne se trouve impuissante face à ces débordements, et que ces acquisitions impulsionnelles se multiplient, provoquant des difficultés financières ou des tensions avec l'entourage. Il est à noter que la satisfaction éphémère ressentie après un achat compulsif est souvent suivie de sentiments de honte ou de culpabilité. Dans de nombreux cas, les articles achetés ne sont jamais utilisés et sont même dissimulés, car l'achat ne répondait ni à un besoin réel ni à une envie profonde.
Les personnes touchées par cette dépendance sont fréquemment animées par un désir intense et persistant d'acheter, que ce soit pour elles-mêmes ou pour autrui. Elles préfèrent souvent faire leurs emplettes en solitaire. Une vaste gamme d'objets peut être concernée : des vêtements à la lingerie, des bijoux aux montres, du maquillage aux meubles, en passant par les plantes, les voitures, les livres, les CD, les DVD, les figurines, le matériel de bureau, de cuisine ou informatique, et même les instruments de musique. Ce besoin, généralement épisodique, ne dure pas plus d'une heure et peut se manifester à différentes fréquences, allant d'une fois par semaine à plusieurs fois par jour. Le développement des paiements en ligne a considérablement facilité ces comportements impulsifs. La dématérialisation des transactions tend à estomper la perception de la dépense, rendant la résistance aux achats encore plus difficile pour les individus compulsifs, comme le souligne Dre Jacqueline Kerjean, addictologue et vice-présidente d'Addictions France.
Les signaux d'alarme d'une addiction au shopping incluent la prise de conscience d'une perte de contrôle, l'achat sans besoin ni désir réel, l'obsession croissante pour les futures acquisitions, les sentiments de culpabilité post-achat, les difficultés financières et l'accumulation de dettes, l'encombrement des espaces de vie par des objets inutiles, et les répercussions négatives sur les relations personnelles. Cette compulsion peut également être nourrie par une faible estime de soi, où l'accumulation d'objets vise à compenser un manque de valorisation. Les personnes atteintes ont souvent du mal à gérer leurs émotions, utilisant les achats comme un moyen de résoudre rapidement la colère, la culpabilité ou le stress. Des facteurs familiaux, comme des carences affectives durant l'enfance, peuvent aussi contribuer à ce comportement. Parfois, il s'agit d'un simple "craquage" passager, influencé par la société de consommation. Il est essentiel de noter que l'addiction aux achats est rarement isolée et peut être associée à des troubles sous-jacents tels que la dépression, l'anxiété, les troubles bipolaires ou le stress post-traumatique.
Il n'existe pas de traitement pharmacologique spécifique pour l'oniomanie. La première étape cruciale consiste à reconnaître le problème et à prendre conscience de ses conséquences. Ensuite, il s'agit de mettre en place des stratégies d'adaptation. Des conseils pratiques peuvent aider à mieux gérer les dépenses, comme n'utiliser que de l'argent liquide, éviter d'enregistrer sa carte bancaire en ligne, désactiver certains modes de paiement sans contact, configurer un plafond de dépenses via l'application bancaire, et solliciter le soutien de proches. Les techniques de relaxation et de méditation peuvent également contribuer à renforcer l'ancrage dans le présent. Si ces mesures ne suffisent pas, il est recommandé de consulter un professionnel de la santé (médecin, psychologue, travailleur social) pour une prise en charge multidisciplinaire. Les thérapies interpersonnelles et cognitivo-comportementales (TCC) se sont montrées efficaces. Parallèlement, le traitement des troubles associés, comme la dépression ou l'anxiété, peut grandement améliorer la situation. Enfin, l'aide des travailleurs sociaux peut être précieuse pour gérer les problèmes d'endettement. En France, des groupes de soutien comme les "Débiteurs anonymes" offrent un espace d'échange et de soutien mutuel pour retrouver une relation saine avec la consommation.